Foxcatcher : le malaise qui fait du bien

Ah, Foxcatcher ! Voici un film dont j’aurais envie de parler pendant des heures comme quelqu’un qui a besoin de parler d’une expérience douloureuse pour s’en libérer. Le pire c’est que je ne trouve pas les mots pour le décrire et pourtant je vais en faire le sujet de mon article. Quelle idée, n’est-ce pas ?

Et c’est justement tout le sentiment que laisse ce film après l’avoir visionné : On ne sait pas quoi penser.
C’est d’ailleurs pour cela que je l’aime tant. Et c’est aussi pour cette raison que je vous conseille de vous jeter dessus !

A priori, nous sommes habitués à ce que tout dans un film soit rationnel car il tente d’expliquer quelque chose.
Malgré le fait que Foxcatcher nous raconte une histoire – vraie qui plus est – il le fait de façon trouble et crée une sorte de malaise inexplicable – et inextricable – chez le spectateur, qui pour ma part s’est envolé lors de mon second visionnage.

 

 

Je vais orienter mon article sur ces sentiments qui sont certainement recherchés par le réalisateur. Mais avant toute chose, je vous laisse découvrir la bande-annonce…

 

 

Pour commencer, il y a une lenteur, pas désagréable. Au contraire, elle sert même à instaurer une ambiance calme mais pourtant lourde. Il est également important de souligner que les plans sont magnifiques.

Ensuite, arrive ce thème au piano qui revient souvent durant le film (puis, une dernière fois, dans le générique de fin). Manque d’inspiration musicale de la part de la réalisation ? Certainement pas !

Je m’explique. Même si Foxcatcher n’a rien d’un film d’horreur il en reprend la fameuse composante du thème musical récurrent. Même si cette composition n’a pas grand chose à voir avec une musique d’épouvante, elle instaure une sorte de malaise identique à celui que l’on peut ressentir dans un film d’épouvante.

Survient, une courte scène de lutte en pleine nuit entre John et Mark Schultz (interprétés respectivement par Steve Carell et Channing Tatum). Ce passage parvient brillamment à nous faire douter de ce que l’on voit à l’écran : Font-ils de la lutte ou sont-ils en train d’avoir un rapport sexuel ? On se demande alors si le réalisateur cherche à souligner la dominance de cet homme riche sur l’ancien champion du monde de lutte ?

 

 

Il m’est impossible de ne pas vous parler du jeu d’acteur : Steve Carell est méconnaissable et se glisse dans un rôle extrêmement différent de ceux auxquels ils nous a habitué. De plus il a subi une évidente transformation physique pour incarner son personnage. Interprétant non seulement un amateur de lutte mais aussi un véritable amateur d’oiseaux, l’acteur se voit affubler d’un nez digne d’un bec ce qui aura pour effet de rendre son visage cadavérique.

Bien sûr, il n’y pas que le côté physique. Son jeu d’acteur est impressionnant. Sa force, réside dans le fait qu’il joue un homme extrêmement triste pour qui on ressent de la pitié, voire même de l’empathie, sentiment qui s’amplifie encore en observant la manière dont le traite sa mère. Steve Carell arrive à nous faire détester le personnage.

Cela bien avant qu’arrive le moment fatidique – que je ne vous révélerai pas même s’il s’agit d’un fait réel. Donc, à moins que vous n’ayez lu les journaux  américains publiés à la fin des 80’s vous ne devriez pas savoir comment le film se termine.

Bref, tout cela pour dire que c’est très très fort. La rare compassion que j’ai eu pour lui sont lorsqu’il sourit, et si mes souvenirs sont bons… cela n’arrive qu’une seule fois durant le film.

 

Passons à Mark Ruffalo. Pour la petite anecdote : Dave Schultz avait comme caractéristique particulière de se mouvoir de façon particulière. Sa gestuelle rappelait d’un singe, avec de longs bras traînants. Eh bien Mark Ruffalo a assimilé ça au point de rendre sa prestation troublante. Dans le film, il incarne le frère et mentor de Mark (dont je vous parle ci-dessous). J’adore cet acteur mais je dois avouer que malgré cela, il m’a encore une fois bluffé.

 

 

Et donc Mark, interprété par Channing Tatum, est celui qui m’a personnellement le plus impressionné Pourtant il est surement celui qui a le moins modifié sa façon de jouer parmi les trois acteurs. De plus niveau dialogue ce n’est pas le plus bavard car il campe un homme vivant dans la retenue. Cela malgré le fait qu’il pratique un sport qui demande une maîtrise parfaite de son corps, ce qui donne l’impression d’être mal dans sa peau.

Ce qui me fait le préféré aux deux autres acteurs (mais sincèrement les trois sont immenses dans ce film et méritent tous un oscar) c’est que physiquement son jeu est HA-LLU-CI-NANT et je pèse mes mots. La façon dont il joue de son corps – musclé mais pour finalement se retrouver dans une posture si faible.

Sans parler des nombreuses scènes qui prouvent que le physique est lié au mental comme par exemple cette scène où il doit perdre 4 kilos en 90 minutes. Quand John tente de venir lui parler, Mark ressent une poussée de rage extrême ce qui l’amène à perdre contrôle dans la chambre.

Il faut aussi noter que la relation entre les deux frère s’exprime dans la maîtrise mais est pourtant tellement touchante (il suffit de voir comment Dave protège Mark). La transformation de Mark pendant le film est complètement dingue, passant d’un champion du monde à ce mec qui perd complètement les pédales. Brillant.

 

La mise en scène, très sobre, ne sera certainement pas du goût de tout le monde. Pourtant, cette sobriété rend certaines scènes encore plus géniales. D’ailleurs, après avoir été baigné dedans tout au long du film, la fin risque de vous laisser dans un drôle d’état (PLS ?).

Mais, finalement, n’est-ce pas cela le but dans le cinéma ? Laisser une empreinte indélébile dans le cerveau du spectateur au point que celui-ci y pense encore même après l’avoir vu ?

Je vous laisse sur cette citation que j’ai trouvé sur Internet (pour l’article original c’est sur le site de Konbini que cela se passe) après avoir recherché nerveusement « foxcatcher explications » (croyez-moi, vous ferai de même) sur Google après avoir vu le film :

« Car dans Foxcatcher, il ne tente à aucun moment de donner une explication à l’acte de John. … Foxcatcher est censé vous hanter, vous déranger. C’est tellement ennuyeux quand un film tire les conclusions à votre place. Donner une conclusion, ça veut dire arrêter de penser. »

Eh bien bravo Bennett Miller, tu as bien réussi ton coup. Enfoiré.

Navi

 

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